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Israël - Ségrégation dans les bus : la désinformation de Rue 89


Le site d’opinion Rue 89 a publié dimanche 3 mars un article intitulé "Des bus « Only Arabes » dès lundi en Israël". Il s’agit en fait d’un mini-article rédigé en simple dépêche avec un lien vers un article d’Haaretz.


On peut y lire : "A partir de lundi, plusieurs lignes de bus reliant la Cisjordanie et la bande de Gaza au centre d’Israël sépareront leurs passagers juifs et arabes. Concrètement, la compagnie Afikim interdira aux Arabes de monter dans certains bus réservés aux Juifs. Haaretz relève que les autorités publiques ne parlent pas « officiellement » de ségrégation. En novembre dernier, le quotidien rapportait déjà que le ministre des Transports étudiait un projet similaire, sous la pression de représentants de colonies qui se plaignaient que les Palestiniens empruntant leurs bus représentaient un danger." (Rue 89)
Cette dépêche est un exemple parfait du type de désinformation qu’on peut lire chaque jour dans la presse francophone, reprenant et vulgarisant des informations qui viennent d’Israël sans avoir une connaissance précise du sujet.

C’est aussi un exemple de déformation de l’information et une marque de la volonté du magazine en ligne d’accabler une fois de plus Israël en confortant ses lecteurs les plus fidèles sans doute persuadés qu’Israël est un vilain Etat fasciste et ségrégationniste, un Etat raciste qui insulte chaque jour l’ensemble des pays de peuplement arabe par son comportement et porte atteinte par sa simple présence, illégitime en "terre" baptisée "arabe", à la frustration incontestable et honorable de la grande nation arabe.

Il convient toutefois de relever un certain nombre d’erreurs et d’imprécisions, contenues dans la dépêche de Rue 89 mais aussi dans l’article d’origine d’Haaretz.

Il faut noter premièrement qu’il ne s’agit pas de bus "reliant la Cisjordanie et la bande de Gaza au centre d’Israël" mais reliant des villes de Judée ou de Samarie, qu’on appelle aussi Cisjordanie, au centre d’Israël. Le fait d’avoir écrit "bande de Gaza" peut laisser perplexe puisque le même magazine et ses compagnons idéologiques dénoncent à longueur de journée un "blocus de Gaza" par Israël. Or, premièrement il s’agit concrètement d’une frontière, et deuxièmement aucun juif n’habite plus labande de Gaza depuis 2005, donc on ne voit pas quel bus pourrait être séparé. En outre, il n’y a plus à notre connaissance, sauf exception, de travailleurs arabes provenant de la Bande de Gaza. Israël laisse passer des marchandises vers Gaza et dans l’autre sens, principalement des personnes malades qui sont sauvées dans les hôpitaux israéliens. Ce qui constitue une faveur d’Israël envers un territoire autonome qui lui fait la guerre, qu’il continue à assister alors même que les Gazaouis pourraient déclarer leur indépendance et en jouir.

L’article d’Haaretz ne mentionne pas la bande de Gaza car elle n’est pas en question. Il ne parle que de localités de Judée-Samarie. Pourquoi Rue 89 a-t-il ajouté la bande de Gaza ? Propagande ou simple ignorance géographique de l’auteur ?

Deuxièmement il faut également souligner qu’il ne s’agit pas de bus transportant des voyageurs qui viennent se balader dans le centre d’Israël, il s’agit de travailleurs arabes, qui n’ont pas la nationalité israélienne, mais qu’Israël autorise à venir travailler au-delà de ce qu’on nomme la ligne verte. La vidéo mise en ligne par Haaretz est en outre réalisée par Kav laoved, le service de défense des travailleurs étrangers en Israël, qui procure à des personnes non citoyennes, un service auquel des citoyens n’ont souvent pas accès ou pas connaissance. Un service très orienté idéologiquement. Par ailleurs, il faut bien comprendre qu’en cas de création d’un Etat arabe en Judée-Samarie, le nouvel Etat sera doté de frontières que les résidents devront franchir avec une autorisation, comme un visa. Israël peut tout à fait les refuser, de la même façon qu’un Israélien doit avoir un visa pour se rendre aux Etats-Unis. On ne peut pas à la fois réclamer un Etat et, dans le même temps, se plaindre du mur ou des check-points. Au contraire, ce sont des pré-frontières qu’Israël a lui-même mis en place.

On commence là à percevoir que la situation de conflit dans laquelle se trouve Israël avec les territoires disputés et les résidents arabes et juifs, est un peu plus complexe que celle qu’on connaît en Europe de l’ouest et dans l’espace Schengen ou qu’une simple histoire de méchante ségrégation du vilain Etat hébreu contre les gentils résidents arabes et une Autorité arabo-palestiniste dont on attend toujours qu’elle fasse preuve de démocratie.

Troisièmement, Haaretz et un article du Times of Israel rappellent que cette question a été soulevée car les bus étaient trop encombrés. Or les travailleurs arabes qui vivent en Judée et en Samarie ne vont pas jusqu’au bout de la ligne, par exemple à Ariel dans la vidéo, où ils n’habitent pas et où ils ne seront pas autorisés à entrer sans autorisation pour raisons de sécurité. Il faut connaître le système infernal des bus en Israël pour comprendre quelle peut être la différence entre un bus qui va joindre Tel Aviv à Ariel directement et un bus qui va s’arrêter à chaque village et dont il faudra vérifier l’identité de chacun. Le ministère des transports a par ailleurs indiqué dans un communiqué que "les nouvelles lignes d’autobus ont été mises en place en raison de l’augmentation du nombre de permis de travail prévus pour les [travailleurs arabes des territoires], qui sont autorisés à travailler en Israël".
Ces bus ont aussi été mis en place pour tenter de stopper le développement des mini-bus illégaux qui facturaient leurs trajets à des prix trop élevés aux travailleurs arabes des territoires disputés.
"Les deux nouvelles lignes qui seront mises en place dès demain (lundi), cite Haaretz, visent à améliorer les services aux travailleurs qui entrent en Israël via la traversée Eyal" poursuit la déclaration du ministère des transports, ajoutant que les nouvelles lignes remplaceront les lignes "pirates" qui les transportent" à des prix exorbitants et de façon irrégulière." Ceux dont il est question à la fin de la vidéo.






Quatrièmement, on ne peut traiter la question en faisant comme s’il n’y avait pas déjà eu des problèmes de sécurité entre les passagers à l’intérieur des bus. Ces problèmes de sécurités sont intervenus en grande partie parce que les passagers qui disposent de la nationalité israéliennedevaient attendre des heures la vérification de l’identité des passagers non israéliens aux points de contrôles. Le bus passant un point de contrôle, un bus dont l’identité est contrôlée à la montée et qui ne contient que des Israéliens, ira plus vite qu’un bus rempli de travailleurs non Israéliens dont il faut vérifier l’identité aux check points. Il faudrait quand même ne pas perdre le sens de la raison : est-ce de la ségrégation lorsque dans les aéroports, il existe deux files d’attente, l’une pour les personnes ayant un passeport israélien et une autre pour les autres, de la même façon qu’il existe une file d’attente pour les passeports de l’Union européenne et une file pour les autres dans un aéroport situé dans l’Union européenne ?

Ceci nous amène à notre cinquième point, celui de l’abus de langage utilisé à la fois par Rue 89 mais aussi par négligence et manque de scientificité parHaaretzRue 89 titre "Des Bus "Only Arabes"", seulement Arabes, mais parlent ensuite de "Palestiniens". Il ne s’agit pas ici d’une question de racisme ou d’ethnie, mais d’une question de nationalité, qui pose des problèmes de contrôle, d’identification et donc de temps d’attente.

Il est particulièrement intéressant de remarquer sémantiquement parlant, la façon dont les résidents arabes de Judée-Samarie sont appelés "Arabes" quand il le faut, mais deviennent des "Palestiniens" avec un grand "P" quand il le faut.

Ce manque de clarté sémantique ne date toutefois malheureusement pas d’hier. Il faut remonter à la création de l’Etat d’Israël puis à la fin des années 50 pour comprendre le déplacement et l’escroquerie sémantiques construites entre les années 50 et 70 par les groupes terroristes arabes et leurs supports, pour mieux le comprendre. On ne pourra ici entrer dans les détails (nous recommandons en revanche notre article académique qui fait le point sur ces questions sémantiques, Israël et les intellectuels, 1967-1982).

On voit néanmoins qu’il existe une grande différence entre une ségrégation ethnique qui consisterait à séparer les Israéliens arabes et les Israéliens juifs à l’intérieur du petit Israël, et les questions plus complexes qui se posent dans la situation actuelle, situation complexe d’un statu quo où il existe un processus de paix contestable mais pas de paix.

Misha Uzan - JForum / Correspondant spécial en Israël


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