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L'effondrement de Téhéran


Depuis quelques heures le gouvernement iranien a décrété l'état d'urgence pour faire face aux manifestations qui ont commencé hier à Téhéran. Le contexte de cette flambée de violence est tout d'abord économique, car la monnaie iranienne a perdu plus de 40% de sa valeur depuis une semaine et le niveau de vie des habitants ne cesse de baisser. Cette situation est bien entendu une des conséquences des sanctions économiques menées par les pays occidentaux, et notamment par les Etats-Unis. Tout le monde se prend à espérer que le régime soit ébranlé, voire abattu par ces mouvements de contestation populaire, permettant ainsi d'éviter une attaque des installations nucléaires par Israël. Pourtant les choses ne sont pas aussi simples en Iran, que l'on ne peut en rien comparer aux régimes arabes. Premièrement les attaques contre le pouvoir en place à Téhéran ont été organisées par les agents de change et les marchands d'or du bazar de la ville, qui sont les principales victimes de la dévaluation de la monnaie persane, et non par les masses populaires.
Deuxièmement, au lendemain des émeutes de 2009, le gouvernement iranien a mis sur pied une unité spéciale de lutte contre ses opposants. Cette milice, nommée Bassij, s'entraine depuis trois ans à un scénario de ce type, et peu de temps après le déclenchement des émeutes, elle a été dépêchée sur le terrain. Les meneurs ont immédiatement été interpellés et incarcérés dans les locaux de la police secrète. Troisièmement l'ayatollah Haminaï, dont la stratégie diffère souvent de celle d'Ahmadinejdad, mais qui a le soutien des autorités religieuses et spirituelles, a donné pour instruction ferme à la milice d'éviter toute effusion de sang. Si la grève entreprise par les marchands iraniens ne s'étend pas à d'autres secteurs et si la répression se déroule efficacement et discrètement, le régime iranien pourra étouffer dans l'œuf l'opposition et ne pas sombrer dans un chaos comparable à celui que vit son allié syrien. Afin de prévenir toute influence extérieure, l'Iran a immédiatement coupé les connections internet et bloque les messages des radios ou télés venant de l'étranger. Téhéran a parfaitement compris les risques d'une guerre médiatique à la veille des élections américaines, dans lesquelles l'enjeu du nucléaire iranien est déterminant. Les prochains jours seront un test important, non seulement pour le régime de Téhéran, mais aussi pour le président américain Obama, car si sa stratégie d'affaiblissement du régime iranien par les sanctions économiques et l'opposition intérieure échoue, il ne lui restera plus beaucoup de cartes en main. D'une certaine manière, il s'agit d'une partie de poker à un mois des élections. Si l'opposition au régime s'étend dans les semaines qui viennent, Obama pourra montrer à l'opinion publique américaine que sa tactique était la bonne, en revanche si elle s'éteint comme un feu de paille cela risque de renforcer le candidat républicain, dont la ligne est plus dure.
Comme le dit un proverbe, dans "le jardin des roses", ce magnifique livre de dictons persans: "la compassion pour les méchants est une injure pour les bons"

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