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Israël : Yesh Atid deviendra-t-il la nouvelle gauche ?


Malgré la dernière controverse autour de la volonté du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou de fermer l'ancienne Autorité publique de radiodiffusion, IBA, et finalement de fermer également la nouvelle Corporation publique, IPBC, censée remplacer la précédente et en corriger les défauts, le Likoud, si des élections avaient lieu aujourd'hui, resterait le premier parti d'Israël et conserverait probablement le pouvoir, malgré une petite baisse.

En effet, selon un sondage publié vendredi 4 novembre 2016 sur Radio Israel par Rafi Smith, le Likoud obtiendrait 26 mandats sur 120, soit une baisse de 4 points toutefois, devant Yesh Atid, le parti du centriste Yaïr Lapid qui passerait quant à lui à 21 mandats, au lieu des 11 qu'il détient actuellement. Selon ce sondage, le parti de Moshe Kahlom, Koulanou, perdrait 3 sièges, passant de 10 à 7, le parti Habayit Hayehoudi de Naftali Bennett, membre de la coalition actuelle, renforcerait sa position avec 12 mandats au lieu de huit et reviendrait ainsi à sa force de 2013, et le partiYisrael Beitenou du ministre actuel de la défense, Avigdor Liberman, passerait quant à lui de 6 à 8 mandats. Les partis ultra-orthodoxes, sépharade Shass, et ashkénaze Yaadout Hatorah, conserveraient eux, leur force actuelle, respectivement 7 et 7 mandats. La coalition actuelle obtiendrait donc un total de 67 mandats, soit un de plus qu'actuellement - suite au départ d'Orly Lévy Abecassis d'Yisrael Beitenou lors de son entrée au gouvernement il y a quelques mois. En somme, pas beaucoup de changement, si ce n'est une coalition où Bennett et Liberman auraient un peu plus de poids. Il s'agirait tout au plus néanmoins d'une forme de récupération des électeurs que ces partis ont perdu au profit du Likoud lors de la dernière campagne de 2015, en raison d'une polarisation des élections en affrontement entre deux camps : le Likoud et l'Union sioniste (l'alliance entre le Parti travailliste et l'ancien Hatnoua de Tsipi Livni), où le Likoud a réussi au dernier moment à convaincre les électeurs de droite de procéder à ce qu'on appellerait en France un "vote utile" afin de renforcer Netanyahou sous le feu des critiques de la gauche, bien qu'en vérité le système à la proportionnelle intégrale en Israël ne le justifiait pas.

Le vrai changement confirmé par ce sondage et qui se dessinait déjà dans les nombreux sondages des derniers mois - dans l'un d'entre eux Yesh Atid passait même devant le Likoud - est le remplacement de la force du Parti travailliste ou Union sioniste par celle du parti de Yaïr Lapid, Yesh Atid. L'Union sioniste en effet, s'écroulerait jusqu'à 13 mandats, au lieu des 24 actuels, soit aussi bas qu'en 2013, sous le leadership de Shelly Yachimovitch. A la différence qu'à l'époque, le PT était seul, alors qu'il s'agit ici d'un total de 13 en comptant son alliance avec Tsipi Livni, dont le parti Hatnoua s'est en fait décomposé de lui-même.

Cette réorientation de l'échiquier politique ferait ainsi, de fait, du parti centriste Yesh Atid, la nouvelle gauche. Yesh Atid récupérerait les voix du centre gauche et ne laisserait plus au PT que son aile gauche, le rapprochant toujours plus du parti Meretz, qui conserverait quant à lui ses 6 sièges, et qui constitue aujourd'hui le fer de lance de la gauche gauchisante héritière des conceptions "droits de l'hommistes" et "soixante-huitardes" (comme on dirait en France) de la démocratie contemporaine.

La montée de Yesh Atid aux dépens de l'Union sioniste aurait pour avantage d'un point de vue israélien de faire reculer encore un peu plus du pouvoir législatif l'esprit gauchisant qui, comme ailleurs, en particulier en Europe occidentale, pourrit toute réflexion et évolution de la démocratie moderne vers un régime plus intelligent et efficace. Rien ne changerait bien évidemment quant à la force de l'esprit gauchisant au sein du pouvoir judiciaire et du pouvoir médiatique, même si on peut néanmoins espérer que les relations fortes de Yaïr Lapid avec les médias israéliens (c'est un ancien journaliste) pourraient avoir une légère influence. Aucun changement ne serait à attendre néanmoins du point de vue de la division en Israël entre droite et gauche, cet héritage certes intéressant légué par la Révolution française à la plupart des démocraties, mais qui dans le cas présent, empêche toute réforme séculaire ou laïque en Israël. Il faudrait en effet pour cela une alliance entre cette nouvelle gauche de Lapid et la droite du Likoud pour écarter les partis ultra-orthodoxes de la coalition et éviter leur chantage aux voix, comme ce fut le cas en 2013 pendant un laps de temps trop court de deux ans, pour finalement échouer. Aucun changement ne serait encore probablement à attendre du point de vue de la division entre dits 'pragmatiques' et dits 'idéalistes' quant à la question de la libération du peuple hébreu de la colonisation arabo-islamo-palestiniste. Il est en effet légitime de penser que Yaïr Lapid, malgré une plateforme politique qui envisage de conserver dans tout accord l'intégrité de Jérusalem et la souveraineté israélienne sur les villes qui peuplent sa banlieue et périphérie (comme Maale Adoumim), prendrait aisément le relais de la gauche gauchisante dans son approche 'pragmatique' du conflit sionisto-arabo palestiniste, qui, dit en d'autres termes, consiste à être prêt à renoncer à ses idéaux et l'essence de sa patrie pour obtenir soutiens américains et européens et chercher à conclure un 'accord de paix' (en fait une disparition d'Israël à moyen ou long terme par la 'paix') avec le régime autoritaire colonialiste de la dénommée "Autorité palestinienne" du dictateur Mahmoud Abbas, successeur de feu terroriste Yasser Arafat. Ce qui signifie entre autres qu'on ne peut pas faire confiance aux 'pragmatiques' qui pullulent à gauche et au centre mais qui existent également à droite, pour ne pas finir par faire cadeau aux colonialistes arabo-islamo-palestinistes de territoires historiquement hébreux et qui constituent aujourd'hui encore le centre de la vie d'Israël.

Cette évolution reste néanmoins intéressante si on la compare à ce qui se passe dans certains pays d'Europe occidentale et notamment en France, avec une très probable réorientation de l'échiquier politique et la fin du "mouvement sinistrogyre" décrit notamment par le politologue Guillaume Bernard dans ses articles de 2012-2013 et détaillé dans son dernier livre (voir ici la critique d'Eric Zemmour dans Le Figaro), concept qui explique que depuis la Révolution française, l'échiquier politique se déplace sans cesse vers la gauche avec la création d'un nouveau parti toujours plus à gauche - jusqu'à aujourd'hui, ou plus exactement la fin de la guerre froide. En Israël aussi par conséquent, on observerait une réorientation vers la droite avec l'effacement progressif de la gauche travailliste héritée des mouvements "réformo-marxismes" (ceux qui ont renoncé à la révolution pour passer au réformisme sans toutefois balayer entièrement leur héritage marxiste puis gauchiste). 

Notons toutefois qu'on ne constate pas de création de nouveau parti de droite en Israël, qui déborderait le Likoud, Yisrael Beitenou ou Habayit Hayehoudi sur leur droite. Un parti comme le Ihoud Haleoumi n'existe plus à part entière et trouve ses restes au sein du parti de Naftali Bennett. Quant au parti Otsma Leisrael du professeur Arié Eldad et de Michaël Ben Ari, il n'a pas atteint le seuil de représentation à la Knesset en 2013. Le même destin toucha le parti Yahad- Haam Itanou de l'ancien ministre de l'intérieur Elie Yishaï après sa scission du Shass et son alliance avec le sioniste religieux Yoni Chetboun ainsi qu'avec le Kahaniste Barouch Marzel qui constituait une tentative de donner une représentation politique au mouvement socio-idéologique communément décrit aujourd'hui comme Hardali (mélange de Haredim, ou ultra-orthodoxes, et religieux sionistes), qui manqua de peu le seuil électoral. On note toutefois un renforcement durable de la droite sous toutes ses formes avec des partis historiques représentant certains mouvements (sionistes religieux, voire ultra-orthodoxes, sépharades en particulier) qui s'ancrent à droite et qui débordent d'une certaine façon le Likoud sur sa droite. Mais ce phénomène ne date pas de 2016-2017.
De même, pour revenir à l'exemple français, les partis qui naissent à droite du FN n'ont pas encore fait leur preuve électorale et ne restent que des épi-phénomènes. On note même une volonté de normalisation de la part du FN, historiquement né à l'extrême droite, une volonté de recentrage, et donc un déplacement vers la gauche.

On constate surtout une disparition progressive de la gauche socialiste et travailliste issue des luttes du XXe siècle et qui reste encore en partie, ancrée dans les luttes d'hier et des idées d'avant-hier. C'est en effet ce qui pourrait se produire en 2017 en France et actuellement en Israël en cas d'élections anticipées.

Mais à y regarder de plus près, le phénomène n'en est pas tout à fait à son même niveau dans les deux pays. Cette réorientation est plus ancienne en Israël, un pays qui a basculé plus rapidement dans le 21e siècle avec la fin officielle du marxisme à gauche, puis de ses dérives sociales démocrates et libéralo-marxisantes pour ne garder qu'une forme de libéralisme social. Et ce nouveau basculement de l'échiquier politique qui met fin au "mouvement sinistrogyre" trouve son origine la plus claire (on peut toujours l'estimer plus précoce encore), au moins dans la création de Kadima par Ariel Sharon en 2005, qui avait balayé le Parti travailliste aux élections et était devenu, là aussi de fait, la nouvelle gauche. A ceci près que l'essai, transformé aux élections de 2005, avait débouché quelques années plus tard sur un échec, et un retour des partis historiques du 20e siècle, comme le PT. Reste à savoir par conséquent si la même chose se produira à terme pour Yesh Atid, qui n'aura été alors qu'un phénomène éphémère, incapable de balayer la gauche travailliste, trop ancrée dans les mentalités pour mourir définitivement, ou s'il saura devenir pour longtemps ... la nouvelle gauche. 

Méïr Ronen - Francis-info


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