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David Horowitz, Guy Millière, Comment le peuple palestinien fut inventé

David Horowitz, Guy Millière, Comment le peuple palestinien fut inventé, Neuilly : Editions David Reinharc, 2011

David Horowitz, Guy Millière, Comment le peuple palestinien fut inventé


David Horowitz est un intellectuel américain, fondateur de la Nouvelle gauche puis néo-conservateur. Il a publié de nombreux ouvrages dont son autobiographie Radical son, le plus connu.

Guy Millière est un intellectuel et professeur français, économiste, géopolitologue et traducteur, spécialisé sur les Etats-Unis mais qui écrit également sur beaucoup d'autres sujets.

Ce livre est un tout petit ouvrage, pas même 60 pages, avec de gros caractères. Il se lit en une heure maximum. Il est composé d'une préface de Guy Millière, d'un texte de David Horowitz composé de quelques chapitres de quelques pages chacun, et d'une deuxième partie de Guy Millière qui s'apparente plus à un article d'humeur sur la dernière sortie de Mahmoud Abbas à l'ONU.

De par l'annonce qui en a été faite dans certains milieux, sur certains sites, et de par le titre choisi, on s'attendait à un livre événement.
Un livre intellectuel qui ferait toute la lumière sur le mouvement arabo-palestiniste[1] et qui remettrait en place par la même occasion le livre de Shlomo Sand, non pas abjecte, mais absurde et hors de contexte, Comment le peuple juif fut inventé.


On s'attendait, je m'attendais :

-          à un ouvrage important, véritable conceptualisation et intellectualisation
-          à une remise en contexte, à une explication détaillée ainsi qu'une vision d'ensemble du conflit israélo-arabe, voire judéo-arabe. De ce point de vue, le livre ne va pas assez loin.
-          à une critique sévère des conclusions politiques de Shlomo Sand sur l'Etat d'Israël et le mouvement sioniste, dans son livre
-          à une critique intellectuelle montrant la limite de la réflexion de Sand sur le rapport peuple/religion (qui n'est ni nouvelle ni originale), réflexion accompagnée de conclusions hâtives et simplificatrices
-          à une réflexion intellectuelle sur la question démographique et sur la question sémantique du conflit israélo-arabe
-          à un recadrage intellectuel des vulgarisations de l'emploi de termes utilisés à tort et à travers comme nation, peuple, religion, à travers une approche explicative des théories de la nation, qu'elles soient modernistes (Gellner, Hobsbawn, Anderson, Hroch…), primordialistes ou ethno-symbolistes (Armstrong, Smith, Geertz, Barth), ou fonctionnalistes et instrumentalistes (Nairn, Kedourie, Connor)
-          éventuellement à une esquisse de solution ou de reconstruction sur une autre base que celle proposée la doxa intellectuelle gauchisante ou par les post-sionistes

C'étant sans doute trop en attendre.

Certes, tout ce qui est dit dans le texte de David Horowitz est véridique et incontestable. Il ne dit finalement que des choses simples, basiques, que toute personne qui s'intéresse un peu au conflit connaît.
L'OLP, en effet, a été créée en 1964 par la ligue arabe et la "libération de la Palestine" s'assimilait bien à la destruction de l'Etat d'Israël, car Israël n'avait pas encore souveraineté sur les régions de Judée et Samarie (autrement appelées Cisjordanie par référence à leur possession par la Jordanie entre 1948 et 1967) et il n'y avait pas de revendication de territoires autonomes ou indépendants sur l'Egypte ou la Jordanie.
De même, ce sont les services de Nasser et le KGB qui ont conçu a posteriori, à la fin des années 50, la création sémantique d'un "peuple palestinien" pour désigner la population arabe déplacée par le conflit. Une création sémantique très pratique pour servir d'arme contre Israël et masquer, qui plus est, leur propre traitement de ces populations. Cette expression n'avait aucun sens auparavant puis les Juifs de la région étaient appelés "palestiniens", qui est un terme qui, d'une certaine façon, est un terme sioniste.

David Horowitz revient donc sur ces quelques points essentiels et quelques autres, mais c'est tout. A défaut d'un plus grand développement et d'une plus grande intellectualisation, l'ouvrage reste fort insuffisant.

Il convient donc de se demander l'apport de l'ouvrage et le but précis des auteurs.

Il s'apparente plus à un manifeste, clair, concis et percutant. Il faudrait alors le compléter par d'autres ouvrages du même ton, par exemple Mythes et réalités du Proche-Orient de Mitchell Geoffrey Bard et Liliane Messika (Raphaël, 2003), La cuisson du Homard (Michalon, 2001) de Michel Gurfinikiel, voire Géopolitique de Jérusalem (Flammarion, 2008) de Frédéric Encel.
Le livre de Horowitz et Millière servirait donc sans doute à l'enseignement bref du conflit israélo-arabe au sein de groupes de militants, il pourrait aussi servir de petit manuel d'introduction à des lycéens ou étudiants en quête d'une première approche.

Mais je ne crois pas qu'il puisse déboulonner le débat ou convaincre radicalement des hostiles.






[1]  Sur ce terme dont j'encourage l'emploi, car plus scientifique que les termes propagandistes utilisés aujourd'hui par les médias du monde entier, y compris en Israël, voir mon article académique Israël et les intellectuels français, de 1967 à 1982

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